Miséricorde et tournant missionnaire

Miséricorde : pardon accordé par pure bonté. (Petit Larousse).
Pardonner : renoncer à punir, à se venger. (Petit Larousse).
Mission : organisation visant à la propagation de la foi. (Petit Larousse).
Révélation : manifestation d’un mystère ou dévoilement d’une vérité par Dieu ou par un homme inspiré par Dieu. (Petit Larousse).

Cette année, passer sous l’égide de la miséricorde nous a fait découvrir le véritable sens du mot pardonner. Qui d’autre que Dieu peut pardonner par pure bonté ? Souvent l’être humain pardonnera par intérêt. Surprise! eh oui, cela se peut. Qui peut être sûr que son pardon n’est pas le fruit d’une recherche de bien-être personnel ? Bien-être ressenti par la satisfaction que cela nous procure de pardonner. Mais, me direz-vous, ce bien-être n’est-il pas la preuve que nous faisons la volonté de Dieu, lui qui est la Miséricorde?

Quel beau paradoxe : je pardonne parce que Dieu m’y amène ou parce que cela me fait du bien? Qu’en est-il du pardon à donner et qui nous fait mal ? Pardonner au meurtrier de ses enfants, au violeur de sa fille, à l’abuseur de son fils, n’est-ce pas renier l’amour que l’on porte à ces êtres qui nous sont chers ? Je pardonne par obligation quand je le fais par la crainte du châtiment. Je pardonne par mimétisme parce que j’ai peur du jugement des autres. Je pardonne par opportunisme parce que cela me sert personnellement. Je peux pardonner pour plusieurs raisons qui me réconfortent, mais pardonner ce n’est pas réconfortant. Pardonner c’est exigeant.

C’est exigeant parce que cela demande de s’oublier pour faire place à l’autre. C’est exigeant parce que cela remet en question des certitudes ancrées profondément en nous, certitudes qui nous réconfortent dans notre quotidien : il y a les bons et les méchants… les bons c’est nous, et les méchants c’est les autres. On ne se voit jamais dans le rôle du méchant, de celui qui offense ou de celui qui est agressant. Nous nous voyons comme possédant la vérité et cela nous met dans une position de dominant. Dans un dialogue, il faut que les deux parties sentent qu’il y a de l’écoute et une volonté de compréhension de part et d’autre. Pour nous les chrétiens, le dogme de la Révélation nous place dans une position en porte-à-faux entre un véritable dialogue dans un but de synthèse et un dialogue dans un but de convaincre. Quand le Seigneur nous dit en Jean 14,6 : « Je suis le chemin, la vérité, et la vie. Nul ne vient au Père que par moi », nous sommes certains, que par la foi, cela est la vérité. Comment entrer en dialogue respectueux, constructif et révélateur quand nous nous présentons en champion de la Révélation ?

Ce sera par l’exemple, l’humilité et surtout la Miséricorde. Aimons-nous les uns les autres sans condition, sans contrainte et sans arrière-pensée. L’Amour seul peut réussir cet exploit. Quand les gens comprennent que la Miséricorde de Dieu s’adresse à tous indépendamment de la religion, de l’orientation sexuelle, de l’orientation politique ou de toutes ces différences qui caractérisent les êtres humains, ils ne peuvent qu’être émerveillés et prêts à croire. Mais pour cela il faut passer par l’exigence du pardon. « Car Tu fus immolé. Rachetant pour Dieu, au prix de Ton sang, des hommes de toute tribu, langue, peuple et nation. » (Ap. 5, 9).

Entrer en relation avec l’autre dans le respect cela nous amène à laisser de côté cette arrogance qui a longtemps caractérisé les Chrétiens. Arrogance qui, dans les faits, empêche toute relation d’égal à égal. Dans la recherche de Dieu, l’être humain peut passer par bien des chemins qu’il peut choisir en toute liberté. Et ce chemin, que l’on peut choisir en toute liberté, c’est un cadeau qui nous a été donné par Dieu lui-même, c’est le « libre arbitre ». Il ne peut pas être réduit à l’application, dans nos vies, d’un programme préétabli et qui nous montre quoi faire, quoi penser, quoi dire. C’est à nous, dans notre individualité de choisir qui on veut suivre, et comment on veut le suivre. L’Église, n’a pas le monopole de notre conscience. Donc dans notre dialogue avec l’autre, il faut lui laisser sa dignité et son intégrité. C’est en donnant l’exemple que l’on verra les peuples de la terre avoir envie de devenir Chrétien, et non par le dogmatisme et l’intolérance. C’est par l’écoute, la compréhension et le respect dans un environnement de miséricorde et de pardon que nous ferons voir le vrai visage de Dieu.

l’Évangile appliqué c’est : ne pas juger les comportements et les croyances; ne pas laisser les injustices se propager à la porte de nos églises; voir dans nos relations une vrai compassion né du pardon et de l’application de la Miséricorde dans nos vies; accepter les différences comme autant de membres faisant partit du Corps mystique du Christ. Quand vraiment nous nous occuperons du membre qui souffre, car il nous fait souffrir aussi, alors l’autre sera notre sœur, notre frère. La Miséricorde appliquée c’est : qu’à la fin de chaque jour être franc avec nous-même et se demander, à propos de nos actions, comment le Christ aurait-il réagi aux diverses situations qui se sont présentées dans ma journée ? « Car par la croix, il est le pardon pour ceux et celles qui croient en lui. » (R. 3,25)

Robert Payeur