Marie, porteuse d'espérance

Comment Marie nous-a-t-elle soutenus, à travers les épisodes douloureux de l’histoire de notre société québécoise ?

Nous pouvons témoigner de son support (avec le regard de la foi) en réalisant qu’en réponse à nos incessantes prières, elle a toujours été présente et agissante, pas toujours de façon directe et évidente, mais par ses grâces distribuées au bon moment et à la bonne personne. En effet, si aujourd’hui les membres de notre société sont capables de se parler, s’écouter, communiquer, s’accueillir et vivre ensemble, c’est que les bonnes décisions ont été prises aux bons moments.

Premièrement : il ne faut pas oublier qu’à l’arrivée des premiers explorateurs français, le Québec ou le Canada (Kanada pour les amérindiens qui veut dire grande maison) a été béni par la plantation d’une croix et par la célébration d’une messe. Pendant la période française (1534 à 1760) tous les actes de découvertes et de fondations (villes et régions du Canada ont été suivis ou précédés d’actions de grâce, de Te Deum et/ou de messes. De plus Montréal fut fondé et nommé Ville-Marie en fonction de la dévotion particulière des fondateurs à Marie. Dès le début, Montréal et le Québec ont été sous la protection de Dieu et de la Vierge Marie. À la suite de la conquête, la société québécoise a gardé son identité par la conservation de sa foi et de sa langue.

Deuxièmement : la Vierge occupe une place prépondérante dans toutes nos dévotions particulières. Pensons à Notre-Dame-du-Cap, Marie-Reine-des-Cœurs, Basilique-Cathédrale Notre-Dame de Québec, Basilique Notre-Dame de Montréal, chapelle Notre-Dame-de-Bon-Secours, sanctuaire Notre-Dame-d’Etchemin, Notre-Dame-de-Lourdes à Rigaud et Saint-Anne-de-Beaupré, premier sanctuaire construit par les marins Français pour remercier la mère de Marie (Ste-Anne, patronne des marins).
Le père protecteur (St-Joseph) est, quant à lui, garant du développement de ses enfants dans le respect des traditions et la confiance dans l’avenir sous la protection de Dieu. Dans l’histoire de nos dévotions, St-Joseph n’apparait qu’à la fin du 19ième siècle, avec le Saint-Frère André. Lors de cette période où les habitants du Québec (près de 750 000) s’exilaient pour trouver du travail aux États-Unis. Saint-Joseph, patron des travailleurs, est alors invoqué, prié et sollicité afin que nos frères et sœurs puissent continuer à vivre ici. Cette filiation familiale est à l’image des premiers colons pour qui fonder une famille était le désir de Dieu dans le prolongement de sa création. Marie et Joseph tiennent une grande place dans notre histoire de foi et d’espérance.

Troisièmement : pensons aux conflits qui auraient pu dégénérer en une rupture entre les différents groupes ethniques présents, soit les guerres avec les Amérindiens, les guerres avec les Anglais, la guerre avec les Américains, la rébellion de 1837, les deux conflits mondiaux du 20ième siècle qui ont profondément divisé la population canadienne, le désir de l’indépendance, octobre 1970 (FLQ) et, aujourd’hui, le choc des civilisations et des religions. Nous n’avons pas de bilan effarant de mort et de désolation suite à ces conflits qui, dans une certaine mesure, nous ont été épargnés ici au Canada, pourquoi ? Parce que Marie, notre mère, veille sur nous, parce que l’essence de la Mère est la patience, la compréhension, la compassion, l’empathie, la tolérance et l’amour inconditionnelle de ses enfants qu’ils soient Chrétiens, Musulmans, Juifs, Bouddhistes, Athées et j’en passe. Marie nous considère tous, femmes et hommes, comme ses enfants parce que Dieu est le Père de tous les humains, qu’on Le reconnaisse ou pas.

Tous ces grands évènements de notre histoire se sont déroulés avec le soutien de notre famille céleste. Nous pouvons y voir, avec les yeux de notre foi, une continuité dans la protection de Dieu liée à la continuité dans nos dévotions particulières. Toujours avec les yeux de la foi, nous pouvons affirmer que tous les chapelets récités par nos grands-parents, nos ancêtres, nos parents et nos contemporains ont contribué à la pacification de nos relations sociales. Le chapelet, dévotion populaire, qui amène les chrétiennes et les chrétiens à suivre l’exemple du Christ qui priait les psaumes à tous les moments disponibles, cent cinquante psaumes pour les cent cinquante « Je vous salue Marie » contenus dans le rosaire.

Cette prière qui a traversé le temps et qui contribue, encore aujourd’hui, à nous protéger.

Robert Payeur