JOYEUX CARÊME

Pâques sans le carême, pour un chrétien, c’est comme une soupe aux pois sans pois. C’est, pour plusieurs, un moment de préparation à la grande fête de la résurrection. Pendant cette période il est d’usage d’offrir un sacrifice qui nous permet de participer, dans la mesure de notre humanité, au grand sacrifice du Christ qui donne sa vie pour nous afin de nous faire participer pleinement à la gloire de Dieu. La résurrection est la base de notre foi. Croire au Christ ressuscité c’est d’être certain de notre propre résurrection. C’est la plus grande espérance qui nous soit donné d’avoir. Mais il y a le carême. Pour beaucoup d’entre nous ce sont des souvenirs de privation. Mais pour moi c’est un souvenir de joie et d’amour.

Car quand j’étais un petit garçon je vivais à une époque où les pères n’étaient pas présents. Quand je dis cela je ne dis pas que nos pères étaient absents physiquement, non, mais ce n’est pas eux qui exprimaient de façon spontanée leurs émotions. Quand le papa parlait tu avais intérêt à te tenir les oreilles molles et les fesses serrées. Mais pendant le carême il se passait une chose merveilleuse : mon père était présent à moi et ma sœur à tous les matins, car nous allions à la messe de 7h00 à tous les jours du carême, sauf le dimanche où nous allions à la messe dominicale en famille. Mais la semaine, mon père nous réveillait à l’aube et nous partions avec lui à l’Église.

Dans le froid du matin de février, en Abitibi, à moins 30oC., emmitouflés dans notre foulard, notre tuque et nos mitaines soigneusement tricotés par ma mère, nous gravissions la montagne pour nous rendre à l’église. Pendant le trajet, notre haleine faisait de la buée et notre père, qui nous tenait par la main, avait un air de gamin qui nous réjouissait le cœur, ma grande sœur et moi. Nous participions à la messe et, à notre retour, mon père nous préparait à déjeuner afin que nous puissions partir pour l’école le ventre plein et le cœur joyeux. Pendant ce temps ma mère s’occupait du dernier-né avec un sourire de complicité.

Que de moments inoubliables et pleins d’amour. Les chocolats et les friandises que nous ne pouvions manger pendant cette période ne nous dérangeaient plus. J’avais le soir, au coucher, hâte de me réveiller le lendemain matin pour retrouver mon compagnon de route. Je pense que Jésus était avec nous à travers ce père présent, d’une présence divine, dans l’amour qu’il nous donnait et dans la fierté de nous accompagner.

Au matin de Pâques, il y avait le chocolat, mais aussi, une certaine tristesse. Car nous devrions attendre pendant une année complète avant de pouvoir bénéficier pour nous seuls de notre père. Le temps reprenait son cours normal et la résurrection nous semblait plus évidente, pour nous enfants, qui ne comprenions pas toutes les subtilités de cet événement. Car notre père, en nous montrant le chemin de la foi dans le froid matin de février, nous apprenait le chemin du sacrifice dans l’amour.

Robert Payeur