Heureux les pauvres, le royaume des cieux est à eux

HEUREUX LES PAUVRES, LE ROYAUME DES CIEUX EST À EUX

La période de Noël est toujours précédée d’un cortège de sollicitations, guignolée, cueillette pour ceci et cela, aide à l’étranger, accueil des pauvres et tutti frutti. Pourquoi ne peut-on fêter tranquillement sans être dérangé par tout ce cirque ? Pourquoi ne peut-on oublier la misère, les injustices, la répression et le rejet ? « Après tout j’ai travaillé fort j’ai droit à mes vacances et à mon bien-être !» Déjà qu’à chaque matin aux informations j’entends les tragédies, les contestations de toutes sortes contre tout et contre rien. Ne pourrait-on pas vivre en paix ? J’ai ce réflexe de me dire que j’ai fait ma part et qu’après tout c’est bien de leur faute si tout part à la dérive. Alors pour calmer ma conscience je donne quelques sous et parfois même de mon temps. Mais …

Pensez-vous que les pauvres ne sont pas conscients de leur pauvreté? Pensez-vous qu’ils ne voient pas le jugement qu’on porte sur eux ? Pensez-vous que cette douleur qu’ils subissent face au mépris et à la condescendance puisse les aider ? Nous pouvons choisir nos amis mais rarement notre famille. « Dieu ne joue pas aux dés » (Albert Einstein), nous sommes là où nous devons être. Dieu nous place là où nous pourrons le mieux contribuer à l’édification de son royaume sur terre. La pauvreté est une construction sociale, elle n’est pas une sentence. Pourtant nous considérons les pauvres comme des criminels. Allons-donc, me direz-vous, il ne faut pas s’énerver, c’est un bien grand mot que criminel. Nous ne les enfermons pas dans des prisons quand-même. Non mais nous les jugeons et les considérons comme des exclus de notre société. Leur prison, c’est est notre jugement, leurs barreaux le manque de solidarité, leurs murs le manque de dignité; leur sentence c’est notre regard de dégoût. Comme ce serait bien si les pauvres correspondaient à l’image que nous voudrions voir d’eux, soit une personne qui connait sa place, qui n’exige rien, qui se contente de ce qu’on lui donne, qui se lave, se peigne et porte de beaux vieux habits neufs. Mais non… le pauvre demande, conteste, exige le respect et il nous montre, par son existence, nos propres faiblesses et contradictions.

Nous sommes confrontés à analyser les différentes situations de vie en fonction de nos agissements qui, eux, sont tributaires de notre éducation, de notre parcours de vie familiale, sociale et professionnelle. Vous êtes-vous déjà posé cette question : pourquoi suis-je né ici, là où je suis ? Si j’avais eu la même vie que le pauvre que j’ai devant moi, que serais-je devenu ? Dans notre orgueil nous nous disons : « moi j’aurais agi autrement, moi je me serais pris en main, j’aurais dépassé ma condition ». Si, aujourd’hui, je puis réfléchir à cette situation c’est que mon parcours diffère du sien. Ce qui fait qu’en pensée, je m’éloigne du pauvre et le méprise car il n’a pas su se prendre en main et s’en sortir. Quel comportement méprisant et condescendant!

Quand même, me direz-vous, il ne faut pas exagérer. Ah non? Alors répondez-moi franchement : quel regard portons-nous sur le pauvre, sur l’étranger, sur celui qui ne fait pas partie de notre cercle d’amis, de famille ou de travail ? La pauvreté est le résultat du rejet de celui qui ne nous ressemble pas. Plus une personne est rejetée, plus sa pauvreté grandit, jusqu’à devenir tellement lourde à porter qu’elle l’enferme dans la solitude, la dérision et le rejet.

« Si vous voulez honorer le corps du Christ, ne le méprisez pas lorsqu’il est nu; n’honorez pas le Christ eucharistique avec des ornements de soie, tandis qu’à l’extérieur du temple vous négligez cet autre Christ qui souffre du froid et de la nudité. » (St-Jean-Chrysostome)

 

NOUVELLE VISION

À la suite du pape François essayons de cerner la pauvreté. Dans notre monde elle porte différents visages mais saurons-nous la reconnaître ? « Quelle liste impitoyable et jamais complète se croit-on obligés d’établir face à la pauvreté, fruit de l’injustice sociale, de la misère morale, de l’avidité d’une minorité et de l’indifférence généralisée ! »*

Face à ce constat, François nous demande de répondre par une nouvelle vision de la vie et de la société. Une vision venant du regard que le Christ portait sur les pauvres, les prostitués, les bandits, les criminels et les exclus de sa société. Une vision portée par le discernement dans l’Esprit tout en renonçant à notre point de vue et ayant comme prémisse que « La pauvreté est une attitude du cœur qui empêche de penser à l’argent, à la carrière, au luxe comme objectif de vie et de bonheur ».* À partir de ce moment, « la pauvreté crée des conditions pour assumer librement nos responsabilités personnelles et sociales ».* Elle devient la mesure qui permet de « juger de l’utilisation correcte des biens matériels et également de vivre de manière non égoïste ».*

Alors, là seulement nous pouvons comprendre la première béatitude et agir en concordance avec notre conscience dans la foi au Christ ressuscité et comprendre qu’être pauvre signifie : qu’on ne donne pas on partage.

*(Pape François, message du Saint Père pour la journée mondiale des pauvres, 19 novembre)

Robert Payeur